La presse en parle : Un viticulteur du Bordelais est en train de créer la plus grande truffiére du périgord à Savignac les Églises

Un viticulteur du Bordelais veut créer la plus grande truffière du Périgord

Propriétaire des châteaux Le Gay et La Violette (Pomerol) et d’un domaine viticole en Argentine, Henri Parent se lance dans la truffe. Et quitte à investir, cet entrepreneur âgé de 49 ans ne compte pas faire les choses à moitié. Sa truffière de 55 ha sera la plus grande du Périgord.

Henri Parent, propriétaire de la truffière et Olivier Leserne régisseur du domaine © Radio France - Emmanuel Claverie
Henri Parent, propriétaire de la truffière et Olivier Leserne régisseur du domaine © Radio France - Emmanuel Claverie

"C’est un projet fou, hasardeux, long, mais c’est ça qui nous motive". Henri Parent en est parfaitement conscient. L’aventure dans laquelle il vient de se lancer n’est pas des plus faciles. L’homme veut produire à grande échelle et de façon professionnelle de la truffe du Périgord, en appliquant pourquoi pas certaines des recettes qui ont fait la réussite de sa famille dans le Bordelais.

Une passion pour la truffe

Passionné par la truffe, qu’il adore déguster, Henri Parent, petit fils de Jacques Durand, fondateur des cristalleries d’Arques et propriétaire des châteaux Le Gay et La Violette à Pomerol avoue avoir toujours rêvé de posséder une truffière. Et sa rencontre avec Olivier Leserne ancien des Eaux et forêt l’a incité à sauter le pas. C’est ce dernier qui gère désormais l’ensemble du "Domaine truffier du Grand Merlhiot " Les deux hommes reconnaissent qu’il y a un an encore, ils n’y connaissaient pas grand chose. "Être novice, c’est plutôt une chance » explique Henri Parent, "parce qu’on ne se crée pas de barrières ; on a un rêve, un objectif, et on met tout en œuvre pour l’atteindre".

Les premiers arbres truffiers ont été plantés au printemps © Radio France - Emmanuel Claverie
Les premiers arbres truffiers ont été plantés au printemps © Radio France - Emmanuel Claverie

Mettre toutes les chances de son côté

C’est donc conseillés par des spécialistes, qu’Henri Parent et Olivier Leserne ont, première étape, entrepris de trouver des terres de qualité pour mener à bien leur projet. Le choix s’est naturellement porté sur le Périgord. "La truffe s’appelle truffe noire du Périgord, c’est donc bien que l’histoire a montré que c’était là que se trouvent les meilleurs terres" estime Henri Parent qui partage désormais son temps entre la Belgique où il réside, ses domaines viticoles du Bordelais et d’Argentine et le Périgord.

L’entrepreneur a cherché longtemps avant d’acquérir 75 hectares de terrains à Savignac-les-Eglises. Sur cette surface, 55 hectares seront consacrées à la truffe. "Il fallait automatiquement que ce soit une grande parcelle et un grand projet parce que sur un ou deux hectares on ne peut pas prouver les possibilités économiques" détaille Henri Parent qui ne cache pas avoir pour ambition de gagner de l’argent un jour avec son exploitation et de créer plusieurs emplois.

Ces terres sont pour la plupart d’anciennes truffières laissées à l’abandon, envahies depuis des années par la forêt. Il a donc fallu couper et dessoucher les arbres, travailler le sol avec de multiples passages, broyer les pierres avant de poser d’imposantes clôtures pour protéger les jeunes arbres des animaux et préparer l’irrigation, puisque toutes les parcelles seront irriguées. "Le projet se joue énormément sur la préparation des sols" explique Olivier Leserne, en charge des aménagements, "c’est même 50% de sa réussite". Et si tout va bien, 11 hectares d’arbres truffiers seront plantés avant la fin de l’hiver. A terme, 20 000 arbres seront plantés d’ici cinq ans. La production respectera le cahier des charges de l’agriculture biologique et se fera dans un souci de respect de l’environnement.

Certaines parcelles mesurent une quinzaine d'hectares © Radio France - Emmanuel Claverie
Certaines parcelles mesurent une quinzaine d’hectares © Radio France - Emmanuel Claverie

La truffe, un jeu de patience

Coût des différents investissements : deux millions d’euros, pour un résultat dont ne saura rien avant sept ans. Et c’est ce côté hasardeux qui visiblement semble plaire au nouveau propriétaire. "Quand on plante un pied de vigne on est sûr d’avoir une grappe, mais quand on plante 350 arbres sur un hectare, il n’y en a que 10 ou 15 peut-être qui vont donner ; c’est ça qui est un peu stimulant, c’est presque addictif d’avoir aussi peu de chances d’y arriver".

A terme, et si tout se passe comme prévu, la truffière de 55 hectares pourrait produire entre 500 kilos et une tonne de truffes chaque hiver. Et Henri Parent a pensé à tout puisque pour caver ses tuber melanosporum, il pourra compter sur un bataillon de 15 chiens truffiers. Le domaine possédera son propre élevage de Lagotto Romagnolo, des chiens italiens réputés pour leur aptitude au cavage.

L'objectif à terme, serait de produire entre 500 kilos et une tonne de truffes chaque hiver © Radio France - Emmanuel Claverie
L’objectif à terme, serait de produire entre 500 kilos et une tonne de truffes chaque hiver © Radio France - Emmanuel Claverie

Un projet pilote en Périgord ?

Le futur trufficulteur aimerait que son expérience serve à d’autres. "Je crois totalement à l’effet boule de neige" explique-t-il. "Plus on sera nombreux, plus la truffe pourra retrouver son berceau qu’est le Périgord et on gagnera tous ensemble. Vous savez à Pomerol, il y a 200 châteaux différents et ce sont ces 200 châteaux qui font l’appellation. Ce n’est c’est pas Petrus ou château le Gay ou un autre qui mènent la danse. C’est tous ensemble pour aller vers une direction. Plus il y a de concurrents mieux c’est !"

Et si, grâce à des initiatives de ce genre, le Périgord redevenait un jour la première région de production de France ? "Alors ça, ce serait magnifique" s’enthousiasme Henri Parent. "Je crois qu’on a tout pour y arriver. On a l’image, et la terre donc on peut se fixer cet objectif pourquoi pas, je serais ravi d’y contribuer. Chaque année, 100 hectares de nouvelles truffières sont créés en Périgord.

source : france bleu Mercredi 21 novembre 2018 à 19:02 Par Emmanuel Claverie, France Bleu Périgord et France Bleu Gironde